Nos warriors des tropiques sortent enfin
de l'aphasie qui les contraignait à un mutisme
frustrant.
Ils nous livrent, sans fard et sans pudeur, leur vécu
de la Diagonale des Fous et bientôt du Trail Bourbon.
Enorme! Elle est énorme déclare le grand raideur.
Cette course est énorme , précise t'il pour couper court
aux interprétations graveleuses, le regard lointain encore
accroché aux galets des ravines traversées.
Prostré, dans l'attitude d'un revenant des enfers,
habillé du maillot "j'ai survécu", il tient dans ses doigts
crispés, à s'en blanchir les articulations , la médaille
de finicher.

Parti 47 heures plus tôt, avec une météo clémente, à l'assaut
du volcan en compagnie des 2 500 inscrits dont 1 800 locaux,
de Saint Philippe, l'épreuve s'annonçait difficile.
Avec, plus prégnante que jamais dans l'enceinte de départ,
la question du sens de notre présence dans ces lieux à cet instant,
qu'aucune combinaison de mots ne peut expliquer clairement.

A 22 heures le canon coupe cours à la réflexion, plus personne pour
exposer sa vision de la chose, tout le monde se rue dans le chemin.
Le coup est parti, le boulet succède au canon, dans la montée vers
l'Oratoire de Ste Thérèse l'obèse ne rit plus.
Mais la Thérèse est bonne fille elle nous offre le fascinant
son et lumière du volcan qu'une perception précipitée nous avait
fait prendre pour le crépuscule naissant.
Le raid pouvait s'arrêter là, l'essentiel était vu.

Livré à la course, il n'y avait plus qu'a s'interroger sur l'inspiration
de l'auteur, sans doute sous l'influence du zamal, qui a baptisé les lieux
parcourus de petits noms charmants qui cachent la difficulté aux zoreilles
crédules. Piton Textor, Mare à Boue, Chalets des Pâtres, Bélouve, Hell Bourg,
Cap Anglais...
Hell Bourg et Cap Anglais, montées assassines vers le gite du Piton des neiges,
où les ardeurs se calment au point de faire rebrousser chemin aux moins
tenaces.
Cilaos, mon Tatasse m'y retrouve aux heures vespérales où le coktail
3 rhums pimente la conversation de l'estivant qui espère dans les
derniers feux du soleil, les pieds dans le sable, discerner dans l'horizon
embrasé un ultime mais unique rayon vert.
L'heure n'est pas à la comtemplation des chimères astrales, le thé
fera l'affaire pour aborder la deuxième nuit.

Après un soleil tenté en nocturne dans la descente de Marla, les pentes se font
moins dociles jusqu'au ravito "Les Orangers".
La ballade irlandaise me laisse amer.
La balade en diagonale m'a mis de travers.
Songerais-je à l'abandon?
Quelques minutes de sommeil et quelques kilomètres plus loin
c'est "Deux Bras" qui m'accueille.
C'est parti pour le final avec l'espoir de ne pas entamer la 3 ème nuit.
Encore un chapelet de noms plus ou moins évocateurs , Piton de Sucre,
Possession, Grande Chaloupe, et le terrifiant Dos d'Ane dont le pavage
n'est pas inspiré des meilleurs intentions au point de me faire rallumer la frontale.
21h 03 l'escapade de 163 km et de 9400 d+ prend fin dans un stade encore occupé.
et sous les encouragements chaleureux de deux ravissantes supportrices
Saint Gilloises, Pauline et Capucine, la ligne d'arrivée est franchie.

Un grand grand merci à Pauline et à Cédric pour leur hospitalité durant ces deux semaines et à leurs
deux bambins qui nous ont acceptés.
Respect à Cédric pour sa performance sur le Grand Raid. Il sait et nous savons
qu'il ne pourra pas en rester là.

Un autre grand merci à Pauline pour sa disponibilité et son écoute même si nous n'avons
toujours pas de réponse à sa question sur la motivation des ultrafondus et s'il faut
oui ou non de la coriandre fraîche dans la semoule carottes.
Merci à Thomas pour le transport et à son flair pour dénicher la gargotte qui vous
concocte des pâtes fraîches à l'espadon comme nul part ailleurs.
Merci à Stéphane pour sa rapidité à décalotter la Dodo. On connait des homonymes
avec le même savoir.
Salut à vous et à vos épouses.
DEIDEI (surnom affectueusement attribué par Arthur)